Dossiers / Fureur apache[Coup de coeur]
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Si vous êtes de ceux qui pensent que le western est un genre à papa, bien ronflant et idéal pour les dimanches chez papi et mamie, alors vous n'avez certainement jamais vu "Fureur Apache", qui n'a pas volé sa réputation de western radical. Radical par sa violence, radical par sa subversion,  "Ulzana's Raid" de son vrai nom, est à l'image de la fin de carrière d'Aldrich : sans concession, désespéré, violent, iconoclaste, moderne mais surtout passionnant.

On pourrait commencer par dire ceci de "Fureur Apache" : C'est de l'anti-Ford ! Ici, les grands espaces pourraient être encore plus grands que cela ne changerait en rien la nature tragique de la condition des hommes et des femmes qui y vivent. Au contraire, L'Arizona est filmée ici comme si elle n'était qu'un grand terrain vague sans eau, plein de poussière et de végétations rêches. Malgré son immensité, la nature apparait ici comme un décor paradoxalement clos, comme une arène où des hommes vont s’affronter à mort sous le regard des Dieux qu'on imagine cruels ou sans compassion. Car le film, qui raconte la lutte à mort entre des guerriers apaches et un détachement de l'armée américaine ne nous expliquera jamais vraiment pourquoi ces hommes là se battent avec autant de fureur et de cruauté.  Comme des gladiateurs qui se battent dans une arène, tous s'entretuent sans vraiment de motivation à faire valoir. Aldrich raconte ici la mécanique absurde de l'escalade de la violence, chacun des deux camps redoublant de barbarie à chaque coups qu'ils portent. N'oublions pas que ce film date de 1972, soit en pleine guerre du Vietnam. Les opposants à la guerre, dont fait parti Robert Aldrich, considèrent justement ce conflit comme une tempête de violence absurde et sans cause. Il est donc intéressant de regarder "Ulzana's Raid" comme une analogie à peine masquée de la situation au Vietnam.

Le film vaut également pour l'antagonisme philosophique et spirituel de deux chasseurs d'Apaches. L'un est un jeune capitaine de l'armée croyant encore à sa mission civilisatrice et christique auprès de "ces sauvages" et l'autre est une sorte de vieux Davy Crockett brutal, chasseur pragmatique et connaissant trop les Apaches pour les haïr. Qu'ils sont beaux, ces échanges entre ces deux personnages, à mesure qu'ils remontent la trace des guerriers indiens. Tandis que le jeune capitaine, chrétien prônant un peu plus tôt l'amour de l'autre, désespère des exactions perpétrés par les apaches et exprime maintenant sa haine pour ce peuple . Le vieux briscard lui répond alors ceci : "peut-on haïr le désert parce qu'il n'y a pas d'eau ?"