Dossiers / La longue nuit de l'exorcisme[Coup de coeur]
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Soyons honnête, dans le giallo, tout n'est pas bon. Loin de là. Cette vague de films d'exploitation italiens nous aura offert du bon et surtout du moins bon. Par chance, "La longue nuit de l'exorcisme" de Lucio Fulci fait parti du très haut du panier. 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le giallo, il s'agit d'un genre de films à mi-chemin entre l'épouvante et le thriller, racontant invariablement l'histoire d'un tueur en série mystérieux qui multiplie les victimes et dont la révélation de l'identité représente, à chaque fois, un coup de théâtre plus ou moins bien senti. Les giallo ont prospéré dans les années 60-70 en Italie et sont devenus très populaires. Quelques grands cinéastes purent ainsi émerger et parmi eux Mario Bava, Dario Argento et Lucio Fulci.

Nous préférons le titre original de "La longue nuit de l'exorcisme", "Non si sevizia un paperino" car ici, il n'est nullement question d'exorcisme. Le film raconte plutôt le conflit entre une Italie qui se dirige vers la modernité et une Italie plus ancrée dans ses croyances et pratiques obscurantistes. C'est sur cette dialectique que Fulci va construire tout son scénario, dans un jeu de renversement perpétuel des valeurs.
Des petits garçons sont assassinés dans un village pauvre du sud, alors qu'ils jouent au bord d'une autoroute fraîchement construite. On accuse assez vite "la sorcière", une illuminée qui vit dans les bois. Dans ce contexte de méfiance et de chasse au bouc émissaire, le tueur mystérieux ne sera bientôt plus le seul criminel du coin.

On voit très vite pointer la critique dans "Non si sevizia un paperino", Fulci jetant un regard sans concession sur la laideur du monde moderne d'un côté, et sur l’archaïsme d'une Italie en retard de l'autre. Si cette critique n'est pas rare dans le cinéma italien de cette époque, elle l'est beaucoup plus à l'intérieur du genre très codé qu'est le giallo, ce qui fera dire à certains, assez justement, que Fulci était plus qu'un artisan de série B mais bien un auteur à part entière.

L'autre grande qualité du métrage, c'est la chronique qu'il fait de la ruralité italienne reculée. Tourné avec des gens du cru, le film vaut pour sa qualité quasi-documentaire. C'est bien simple, avec "Le christ s'est arrêté à Eboli" de Rosi, "Non si sevizia un paperino" est peut-être un des plus grands films de ces années là sur la campagne italienne au 20ème siècle.

C'est pourquoi nous ne recommandons pas uniquement ce film aux amateurs de giallo, mais à tout ceux qui aiment les polars, les thrillers, et même à ceux qui aiment le cinéma italien en général. La qualité du scénario et de la mise en scène pourront, à coup sûr, convaincre un plus large public que celui habituel du giallo, même si le film comporte certaines scènes un peu rudes.

Terminons sur des louanges, adressées à l'éditeur le Chat qui fume (Hé ! Mais ce n'est pas la première fois : http://www.potemkine.fr/Potemkine-dossier/La-nuit-des-diables/pa95m5dossier202.html) , qui nous offre à voir, dans des conditions optimales, la photographie de toute beauté de Sergio d'Offizi en plus d'une série de bonus impeccables.