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Coffret Krzysztof Zanussi (5 DVD)

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Un tiers de siècle après le Prix du Jury au Festival de Cannes, mais surtout après une distribution trop confidentielle sur les écrans et le sol français, voici distribué en France (et sur Internet, donc dans le monde entier) un coffret de cinq films majeurs de Zanussi, l'occasion tant attendue de partager avec ceux qui ne connaissent pas encore l'oeuvre du cinéaste, ou de revoir avec plaisir les cinq titres suivants :- La Constante, l'histoire d'un homme qui dit non aux compromis, et le paye cher (Prix Jury Cannes 1980)...- La Vie de Famille, où un fils qui voulait rompre avec sa famille retrouve son père dans une maison de campagne curieusement habitée... (Sélection Cannes 1971)- Persona Non Grata, ou la vie intérieure d'un ambassadeur, mais aussi l'observation de la société corrompue qui l'entoure... (Sélection Mostra 2005)- La Vie comme Maladie sexuellement transmissible, suit le parcours d'un homme qui se prépare à la mort (Grand Prix, Moscou 2000)- Camouflage, description acide des milieux universitaires, un des grands succès de Zanussi (Meilleur réalisateur, Pologne 1977).

 

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Ne jamais oublier que Krzysztof Zanussi était un physicien. C'est alors qu'il était déjà bien avancé dans ses études de physique qu'il décida de suivre des études de cinéma. Ne jamais oublier non plus la situation de la Pologne des années 60 et 70. L'ambiance y est étouffante. Le désir d'émancipation des Polonais à l'époque est sérieusement freiné par un régime soviétisant tout à fait sournois. Poids considérable des hiérarchies et de l'administratif, méfiance réciproque, dénonciations, corruption... Et c'est dans une dynamique quasi scientifique, entre une mise en situation de laboratoire et un décorticage atome par atome du fonctionnement totalitaire, que les films de Zanussi de ces années-là (pré Solidarnosc) sont admirables. Trois films présents dans le coffret édité par Clavis (excellentes copies restaurées) correspondent à cette période (« La vie de famille » 1970, « Camouflage » 1977 et « La Constante » 1980). 

« Camouflage » est le plus radical. Dans l'environnement clos d'une université d'été, un vieux professeur initie dans un délire méphistophélique un jeune professeur à la compromission, la corruption et la médiocrité. La leçon finale sera la plus vertigineuse et la fin du film d'une noirceur extrême. Il y a donc dans « Camouflage » ce côté laboratoire que Zanussi affectionne. Les personnages y évoluent comme des rats dans une cage, manipulés par un pouvoir insidieux et tentaculaire. L'oppression n'est pas concentrée dans les mains d'un seul protagoniste ou d'un groupe de personnages. Elle y est organisée en une hiérarchie infernale où chaque individu y est à la fois victime mais en assure aussi sa perpétuation. Si les jeunes étudiants sont les premières victimes du système, c'est pour mieux apprendre son fonctionnement et le perpétuer ensuite.



D'ailleurs, les diplômes ne sont pas donnés aux exposés les plus méritants, que le jury d'ailleurs ne prend même pas la peine d'écouter, mais à ceux qui ont su faire preuve de la plus grande docilité, perversion nécessaire à la continuation d'un tel système (quand certains ne sont pas tout simplement pistonnés). Il va sans dire que ceux qui refusent cet état, comme c'est le cas d'un étudiant dans le film, sont purement et simplement pulvérisés en autant de temps qu'il faut pour le dire. On ne peut s'empêcher en voyant « Camouflage » de penser aux écrits d'Henri Laborit et au film d'Alain Resnais « Mon oncle d'Amérique » pour ce côté laboratoire. 

Le rapprochement est encore plus flagrant dans « La Constante » réalisé en 1980, même année que le film de Resnais. Un jeune ouvrier qualifié, emporté par la vague Solidarnosc qui va naître, s'oppose à ses supérieurs. Poussé dans ses retranchements à force de harcèlement, il préférera la fuite (« grimper l'Everest », dans le film de Resnais, c'est une île) ; mais les murs de la Pologne sont bien plus hauts que la plus haute des montagnes. Le film d'une beauté crue et au rythme implacable est sans aucun doute le temps fort du coffret. Il y a notamment ce tout début de film, que j'avais oublié après la première vision et qui m'a frappé à la seconde. Alors que le jeune homme s'engage dans l'armée, il y passe une visite médicale. Il y subira tous les tests visuels possibles (lecture de lettres, test d'Ichihara...) ; ce sont même les premiers plans des films. Connaissant la suite, je ne pus m'empêcher de penser que si on lui faisait passer ces tests, ce n'était pas pour s'assurer de sa bonne vue, mais sûrement pour s'assurer du contraire, c'est-à-dire qu'il ne voit pas « trop » (les mouvements de contestations en Pologne en ce début des années 80 est de plus en plus fort, la jeunesse n'est plus crédule).  


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« La Vie de famille », bien antérieur, est un film de jeunesse à l'inspiration assez largement bergmanienne et - fait rare avec les films de jeunesse d'inspiration bergmanienne - c'est un bon film. La mise en scène est solide et le thème des hiérarchies de classe y est déjà très présent.      

« La vie comme maladie mortelle sexuellement transmissible » réalisé en 2000, film bien plus récent donc et titre ô combien fantastique (et assez juste) raconte l'histoire d'un vieux docteur face à la maladie qui, en essayant de se soigner, fera des allers-retours entre la vieille Pologne de son passé (passé hanté par ce qui est finalement raconté dans « Camouflage » et « La Constante ») et la jeune Pologne occidentalisée. Ce qui aurait dû disparaître de cette époque-là est finalement encore présent bien qu'actualisé par la logique néolibérale. Si maintenant en Pologne il faut être riche pour se soigner, les vieux démons soviétiques ressurgissent le temps, par exemple, d'un tournage de film (où le personnage officie en tant que médecin). La hiérarchie y est impitoyable et un petit figurant y est écrasé par le mépris des chefs d'équipe. Je ne parlerai pas ici de la dimension chrétienne (voire bigote) du film (et des films récents de Zanussi) qui m'intéresse beaucoup moins.

« Persona Non Grata » enfin, réalisé en 2005 est un thriller politique se déroulant dans l'ambassade polonaise d'Uruguay. Les problématiques nationales y sont ici exposées dans un contexte plus international et raconte de manière très explicite la relation encore toxique entre la Pologne et la Russie.     

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Le coffret 5 DVD en boutique :

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