bandejolimai.jpg
tothehappymany.jpg

Un mois dans une ville, mai 1962, Paris filmé au plus près du pavé et des visages par Chris Marker et son équipe. « En ce premier mois de paix depuis sept ans », car la guerre d'Algérie s'achève avec les accords d'Évian, que font, à quoi pensent les Parisiens? La guerre et la politique? On évite d'en parler, l'interviewer s'en étonne même : les Français qui aimaient tant discuter seraient-ils muets ?

costume.png

"Quand est-ce que vous êtes heureux ?


- Quand est-ce que je suis heureux ? Et bien quand j'ai vendu un costume. Quand j'ai du pognon dans la caisse. Quand il y a plein de pognon dans la caisse alors là ça va. Ce qui compte c'est le POGNON.


- Uniquement ?


- Vendre, vendre, vendre, vendre. Ce qui compte c'est le pognon dans la caisse.


- Mais après l'avoir mis dans la caisse, il faut bien le ressortir quelque part ?


- Comment ?


- Il faut bien en faire quelque-chose ?


- Et bien je rachète un autre costume !"


Paris n'est pas un sujet. Il ne s'explique pas, ne se découvre devant personne. Il n'a pas de point de vue sur lui-même. S'il a des clefs, il les a jetées dans la Seine.

Qui les retrouvera ?


Ceux qui ont essayé, qui ont plongé dans ses eaux placides, et qui se sont servis de ce qu'ils ont pris pour en fabriquer des milliers de chansons et de poèmes, de livres et de films, de photos ou de discours, ce sont eux les sujets. Ou les cas. Ils ont regardé Paris, et se sont dits en lui. Ceux qui entreprennent de se jeter à l'eau, une fois de plus, à l'occasion de ce film, prennent le risque. Paris est un objet de conte aussi éculé et fabuleux que le soulier de Cendrillon. N'importe qui peut se targuer de l'avoir tenu, et personne de l'avoir chaussé.

Il vaut mieux attendre Paris patiemment, et l'observer, sans vouloir le surprendre. Il tient un spectacle permanent. Un grand spectacle qui se déroule d'une manière confuse et nonchalante, comme une souple tragédie mêlée de farce. Des masques un peu informes s'agitent dans l'arène - personnages symboliques, gonflés de fumée ou durs comme marbre, qui viennent parfois frôler les gradins, se pavanent ou quelquefois se perdent dans la cohue - on reconnaît, au passage, les mythes les plus familiers des Parisiens de 1962 : la télévision, l'automobile, le sport, la religion, la prospective, le communisme, la cuisine, le PMU, les animaux, le logement, le week-end, la drogue et ses (toujours tristes) héros les gorilles, les vedettes. Et tant d'autres. Autour de ces personnages, que les journaux poussent au premier plan, ou harponnent pour les en déloger, intervient sans cesse, commentant les mythes, ou les bousculant, le choeur antique : le peuple de Paris.


Que dit-il ? On ne peut coller un micro à toutes les bouches, on n'entendrait rien. Ceux qui ont essayé d'écouter, de loin, le vacarme de ces voix si diverses, ont parfois cru que Paris était muet. Mais il parle.

[...]

Le "Joli Mai" sera un film à ricochets. Les auteurs ne seront que des lanceurs de questions, sur l'eau de Paris : on verra comment les cailloux retomberont, et s'ils vont loin.


Extrait de la note d'intention , rédigée en 1961

Au cinéma le 29 mai ! Plus d'infos ici

parisfourmis.jpg