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Pour son troisième film en distribution Potemkine a fait le choix du documentaire, avec une volonté de soutenir un genre trop souvent écarté des circuits de distribution cinéma alors que les vertus plastiques et narratives de certaines productions mériteraient amplement que leur soit consacrée la place qui leur revient au sein d'une projection de qualité et accessible au grand public.

Victor Kossakovski est un homme précis et généreux, incroyablement inventif et dont la filmographie regorge de trouvailles merveilleuses. Son dernier film ne déroge pas à la règle.

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un documentaire de Victor Kossakovski

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« Durant mon enfance, j'avais deux passions : le cinéma et la photographie. Parfois, les jours où je n'avais pas école, j'allais au cinéma, j'achetais un billet pour la première séance. Dix minutes avant la fin du film, je sortais de la salle pour aller aux toilettes et j'y attendais le début de la séance suivante. Mêlé aux nouveaux spectateurs, je rentrais de nouveau dans la salle et revoyais le film. Dix minutes avant la fin, je sortais encore de la salle. Cela se répétait ainsi plusieurs fois de suite. Et c'est seulement à la fin de la journée, à la dernière séance, que j'apprenais comment se terminait le film. Il arrivait que plusieurs films soient projetés dans la journée dans cette salle. Alors, pour le prix d'un seul billet, je réussissais à tout voir. Un été, j'ai travaillé trois mois comme tourneur dans un atelier de construction mécanique pour pouvoir m'acheter un objectif à longue focale. Ensuite, par n'importe quel temps, je disparaissais dans la forêt avec mon appareil photo, à la recherche d'un oiseau, d'une fleur ou d'un élan. Durant des heures, en retenant ma respiration, j'attendais l'image extraordinaire. (...) Mes rêves d'avenir se partageaient entre les professions de directeur de la photographie au cinéma et de garde forestier. » 


Extr. de « Autobiographie », in Images documentaires n°51/52, 2004

Photo tirée du film "where the condors fly" de Carlos klein

Le nouveau documentaire du réalisateur russe serait donc un peu ce point de retrouvailles entre deux vocations. L'idée que finalement, tous les chemins se croisent, en un point connexe, qu'il soit centre de la terre ou cortex cérébral, et que les paradoxes ne sont qu'apparence puisque l'artiste (en général) et notamment le cinéaste (dans ce cas) sont là pour unifier, dans l'idée que ce ne sont pas les éléments qui font le tout mais bien la forme que prend leur combinaison, pour reprendre la structure du kaléidoscope. 


En effet, on regarde Vivan las Antipodas comme l'enfant lorgnerait à travers la lunette d'un de ces cylindres,  s'émerveillant des jeux de miroirs, de reflets et de lumières. L'idée même de départ est d'ailleurs tout à fait enfantine et ne manque pas d'audace : "si on creusait un tunnel au centre de la terre...", et l'amorce sur cet extrait d'Alice au pays des merveilles annonce d'emblée la démarche poétique du projet : 


"Je me demande si je vais traverser la terre. Cela sera drôle d'arriver parmi ces gens qui marchent la tête en bas ! On les appelle les antipattes je crois..."


Alors, d'un antipode à l'autre, du Botsawa à Hawaï, du Chili à la Russie, de l'Espagne à la Nouvelle Zélande et de Shangaï à Entre Rios c'est ainsi que débute l'histoire renversante de ces hommes et de ces femmes qui vivent à l'exact opposé les uns des autres, séparés par des milliers de kilomètres :"je n'ai jamais vu un chinois de ma vie. Tout ce que je sais, c'est qu'ils se ressemblent et qu'on ne comprend pas ce qu'ils disent".

C'est une histoire ténue et vaste à la fois, saisissante de sobriété et majestueusement photographiée. Elle renvoit à l'homme et à ses capacités de survie et d'adaptation dans la  grande diversité de ses environnements, qu'ils soient mégalopoles ou deserts, montagneux, volcaniques ou marins. C'est une histoire qui va à l'essentiel et qui nous questionne sur notre position, géographique forcément et cosmique a fortiori, lorsqu'il s'agit de s'apercevoir, à grande échelle, du haut des instalations mirifiques du cinéaste démiurge. Et depuis ses grues, ballons dirigeables et autres perchoirs en tout genres : "Attention ! Dieu nous en veut aujourd'hui !".


Garde-forestier ou cinéaste quoi qu'il en soit, observateur toujours, Victor Kossakovsky s'émerveille de la marche du monde, qu'il tient un instant entre ses doigts agiles, attentif cependant à ne pas briser l'équilibre précaire des cycles. On l'imagine alors tel madame Irma ou monsieur Soleil, penché sur la boule à neige d'un certain Charles Foster Kane, en spectateur enchanté du temps qui passe, des saisons qui défilent, du monde qui va et qui vient d'un pôle à l'autre. On pourrait imaginer encore qu'une petite voix lointaine s'échappe de la mappemonde de cristal comme en écho au conte de Lewis Carol. Ce serait celle de Cachito, du fin fond de l'argentine, qui questionnerait : 


" - Como esta el mundo ? Ta todo dado vuelta ? "


Au cinéma le 6 mars 2013 !