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Pour sa première sortie en salle, Potemkine a choisi un film aux allures de Road Movie initiatique, celui d'un frère et d'une soeur qui se cherchent,  à tâton, dans les arcanes d'une relation décousue.


Le film questionne de toutes les façons possibles la place que chacun est sensé occuper dans les différentes strates des relations humaines, à commencer par la famille et le réseau social proche. Tiraillée entre désir de reconnaissance et acceptation de ses faiblesses, JR s'égare, entrainant son frère à sa suite au delà des limites convenues.


Le scénario est ténu : JR demande à son frère Colin de l'accompagner chez son ex-amant pour récupérer ses affaires.

Le voyage se fera en voiture, une vieille Honda à moitié déglinguée et dont le bordel ambiant renvoie explicitement à l'état d'esprit dans lequel se trouve JR.

Bref, pas moyen de s'installer à l'aise le temps du voyage, ça déborde de  partout. C'est donc au beau milieu de cet habitacle foutraque que démarre la virée, destination Nowhereland.


A priori le frère et la soeur se détestent et nourissent l'un pour l'autre un profond mépris.

Les règlements de comptes fusent, a l'appui une bande-son saturée de leurs interjections incessantes, insultes et provocations en tout genre, à base de "fuck you" à répétition.

Jusqu'à ce que paraissent finalement, les autres protagonistes. Ce sont les amis, les amants, relations passées de l'histoire ancienne où tout était encore possible. Pour les uns, comme pour les autres. Tantôt profs de fac, comptables chefs en devenir, ils sont sensés représenter la réussite sociale dans toute sa splendeur. Ils se gratifient d'un charisme pédant, ne souffrant aucune remise en question, certains d'être sur le bon chemin. En tout cas évidemment pas  celui-là même emprunté en roue libre par JR et Colin. Non, leur route à eux est bel et bien tracée, toute droite, avec à l'horizon les fondations coulées du bonheur domestique.  Ils nous apparaissent à l'écran telle un belle brochette de parvenus, engoncés qu'ils sont dans des plans d'ensemble convenus, appuyés par la photographie noir et blanc de la péllicule, en rupture complète avec ces prises de Colin et JR, isolés, seuls dans le cadre, en proie aux regards des autres, à cette image d'eux même qu'ils renvoient, vulnérables et définitivement solitaires. A coups de champ contre champ, on assiste ainsi à un interrogatoire cruel sur le mode bourreaux- victime, à charge à l'accusée (en l'occurence JR) de se défendre face à ce tribunal, coupable malgré elle de ne pas "avoir réussi".


Et c'est alors, qu'au cours de ce lynchage prémédité, ce diner de cons à la New-Yorkaise, que JR et Colin nous deviennent sympathiques. Peut-être parce qu'enfin les voilà qui capitulent et qui s'affanchissent de toute cette horde communautaire dont la mesquinerie les a portés au centre d'un jeu malsain et avilissant.

La caméra les rapproche enfin, la bande-son s'apaise un peu. On reprend souffle. Le rythme explosif des débuts laisse place à une espèce d'acalmie temporaire. C'est la réconciliation. Celle d'un frère et d'une soeur. Celle aussi d'un homme et d'une femme. Qui se sont égarés sur les routes du Massassuchets  parce qu'ils étaient fatigués, parce qu'il faisait nuit, parce qu'ils étaient seuls, parce que...


Sortie nationale le 1er Août

The Color Wheel - plus d'infos ici

un film d'Alex Ross Perry, avec Alex Ross Perry et Carlen Altman

Noir et blanc / 16mm / 83' / Etats-Unis / 2011